Témoins de Jéhovah
Pour rester des martyrs, ils avaient refusé le statut d’objecteur de conscience
A propos des relations entre L.L. et les Témoins de Jéhovah
Article mis en ligne le 20 novembre 2010
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D’après un post de Raph , sur news:fr.soc.religion, le 3 juin 1997.

Louis Lecoin, qui s’est farouchement battu pour que soit reconnu le statut d’objecteur de conscience, raconte comment il a été trahi par les témoins de Jéhovah alors qu’ils étaient censés s’unir pour une même cause : le refus du service militaire.

Xavier Martin-Dupont écrivait :

Les Témoins de Jéhovah auraient pu chercher à s’intégrer via le statut des objecteurs de conscience. Ils ne le l’ont jamais fait et c’est pour cela qu’il se sont retrouvés automatiquement condamné pour insoumission puis incarcéré. Jusqu’à ce que le ministère de la défense cède et leur octroie un statut exceptionnel qu’ils ont d’ailleurs mis a profit pour redoubler d’effort dans leur activité prosélyte.

Précisions.

Ce statut leur a été accordé grâce à la lutte menée par Louis Lecoin, farouche antimilitariste qui a consacré toute sa vie à se battre selon ses convictions humanistes.

Louis Lecoin était anarchiste, pacifiste, responsable de la section française de la Solidarité Internationale Antifasciste. Sa fidélité sans faille en ses profondes convictions humanistes lui a valu 12 ans de prison, et il n’a jamais renié son idéal de justice.

Début 57, il investit ses forces et ses biens pour la défense des objecteurs de conscience. Le 31 janvier 1958 nait "Liberté", hebdomadaire destiné à informer sur cette lutte, puis est créé un comité de Secours aux Objecteurs de Conscience (avec Breton, Camus, Buffet, Cocteau etc.) dont il sera le secrétaire.

Il serait évidemment vain et particulièrement vil de tenter de dénigrer cet homme, qui, en consacrant tous ses biens et toutes ses forces dans le dernier combat non-violent de sa vie pour faire reconnaître le statut d’objecteur de conscience, a ainsi grandement aidé les Témoins de Jéhovah. Et il est parvenu à ses fins, malgré toutes les difficultés, allant jusqu’à une grève de la faim en juin 62 à l’âge de 74 ans, et malgré une tentative ingrate de trahison de certains Témoins de Jéhovah, qui a heureusement avorté.

Extraits de son autobiographie ("Le Cours d’une vie", édité par l’auteur, 1965), précisant sa position vis-à-vis des Témoins de Jéhovah :

En 1957], sur les 90 objecteurs de conscience, il y en avait 2 d’origine protestante, 2 d’origine catholique et 2 qui s’affirmaient des athées. Tous les autres appartenaient à la secte des Témoins de Jéhovah. Tu vas, me disait-on, au devant de grosses et pénibles désillusions qui te seront causées par l’attitude déconcertante desdits objecteurs. La plupart d’entre eux sont pour le moins des farfelus, beaucoup sont des antisociaux inadaptables. Méfie-toi, ne t’emballe pas trop. Prends des précautions pour parer aux coups durs, aux coups en vache, que ces sectateurs bornés te porteront certainement - ils ne sont pas, en dépit d’apparences trompeuses, de notre famille pacifiste.

Ce n’était pas encourageant !

Mais je pensais aux Témoins de Jéhovah qui, en Allemagne, pendant la guerre avaient préféré mettre la tête sur le billot pour être décapités plutôt que de participer, en quoi que ce soit, au monstrueux conflit. Je pensais à Eugène Lentz, Témoin de Jéhovah, instituteur en Alsace, qui au début de la guerre de 1939 avait refusé d’y prendre part. De ce fait il se trouvait emprisonné en France au moment de l’invasion hitlérienne alors que les autorités occupantes décidèrent de faire de tous les Alsaciens des soldats allemands. À elles aussi Lentz répondit par un refus catégorique. En conséquence de quoi il fut arraché de la prison française pour être enfermé, ainsi que sa femme, dans les camps si tristement célèbres des nazis - d’où ils ne furent tirés qu’à la fin de la tourmente, par les Américains.

Et je penserai, plus tard, au moment du lâchage honteux de certains Témoins de Jéhovah, à la lettre ci-dessous du fils de Lentz, enfermé vingt ans après son père et sous la même inculpation, lettre que nous reçûmes quelques semaines seulement avant que je m’engage dans l’ultime aventure du 1er juin 1962.

[snip lettre élogieuse en hommage à l’engagement de Lecoin "je rends hommage à votre profonde et constante conviction en la liberté des hommes quant au choix à faire de ce qui est digne de disposer de leur vie présente et future"...]

Et je repensais au stoïcisme de Schaguené ! [ndr : Témoin de Jéhovah objecteur emprisonné pendant 9 ans, et à 5 reprises condamné par tribunal militaire pour ce "délit"].

Se pouvait-il que de pareils hommes me déçoivent ? Etait-il possible que tout ce sublime n’ait pas une suite et qu’il ne serve, à d’autres, que cette façade ?

Je ne le croyais pas ! Je ne le crois pas, encore, alors que les avanies ne m’ont pas manqué de la part de nombreux objecteurs de cette catégorie.

Et je dus répondre ceci à mes détracteurs :

Assurément, ce ne sont pas les objecteurs de conscience que nous préférons. L’objection de ceux-là est particulière et généralement puisée non en eux-mêmes mais dans les Commandements d’un Dieu obéi en tout aveuglément. Volontiers je reconnais que les Témoins de Jéhovah sont, en outre, des déistes particuliers et que le "futur" qu’ils voudraient nous faire entrevoir nous rendrait plutôt sympathiques les croyants des autres bords. Mais - que ça plaise ou non - ce sont eux qui, depuis quelques années, peuplent les prisons après avoir répudié l’armée et la guerre."

Lecoin et son Comité multiplient les actions et sensibilisent progressivement l’opinion publique. Il sait même qu’il peut compter sur 400 députés. La presse unanime soutien également l’initiative.

Cependant, les atermoiements du gouvernement, dus en particulier au contexte politique (guerre d’Algérie) et à l’influence de l’état-major et aux pesanteurs de l’Administration, entraîneront Lecoin à faire la grève de la faim, en juin 62 (du 1er au 22), après avoir écrit à De Gaulle, dont il sait posséder le soutien, qu’il fallait qu’il tienne sa promesse, car lui tiendrait la sienne. Il a 74 ans, et rien n’entamera sa détermination.

Le Canard Enchaîné dit de lui :

[* (Ce "Vincent de Paul de l’Anarchie", sans autre artillerie que sa bonté, sa volonté de justice, sa confiance absolue en la force de son idéal, réussit à faire brèche dans le donjon des impitoyables.

C’est lui, le petit Lecoin, lui tout seul, avec sa gueule d’enfant de choeur, qui à force de courage et avec cet entêtement incroyable qu’on lui connaît, c’est lui, qui a fait descendre, certain soir, plus d’un million de Parisiens dans la rue, pour demander la grâce de Sacco et Vanzetti. Le comité Ascaso-Durutti-Jover, c’est lui, Lecoin. Le tract "Paix immédiate !", c’est toujours lui, Lecoin. Il a soixante-quatorze ans, dont douze de prison et cinquante-cinq de lutte permanente.

C’est un croyant... Il ne croit pas en Dieu, mais il croit en l’homme.*]

Avec sa grève de la faim, Lecoin obtient tout d’abord la libération anticipée des objecteurs de conscience emprisonnés depuis 3 ans, soit 28 personnes. Un statut est présenté au Gouvernement, mais le Parlement dénature le projet de loi le 24/07/63 :

"J’avais vu [à l’Assemblée] le représentant du gouvernement, le Ministre des Armées, l’homme de l’état-major, capituler devant le petit Debré et accepter la plupart de ses amendements qui défiguraient le projet primitif - dont on ne se privera pas de dire pourtant, en séance, qu’il était l’oeuvre du Général de Gaulle".

... et le Sénat fait capoter ce qu’il en reste :

"Des amendements surgissent qui font apparaître nos jeunes camarades comme du bétail que des maquignons à la Debré soupèsent et pèsent, évaluent selon leur pauvre entendement ou leur coquinerie foncière." (Albert Sadik, 1/08/63, dans l’hebdomadaire "Liberté" fondé le 31/1/58 par Lecoin et son comité)."

Et c’est alors que repoussé à la session d’automne, le projet manque en outre d’être définitivement torpillé par les Témoins de Jéhovah, qui bénéficient pourtant d’une remise en liberté anticipée obtenue grâce à la lutte de Lecoin !

"Lettre de Roger Paon, directeur de chantiers d’objecteurs au nom du Service Civil International :

Le 9 août 1963
A Monsieur Lecoin,
Mon cher Louis,

Comme je te l’ai déjà dit au téléphone, l’interdiction faite aux Témoins de Jéhovah, par leur secte, d’accepter le statut est confirmée. Jusqu’à ces derniers jours, de nombreux garçons semblaient décidés à passer outre à cette interdiction. Comme toujours dans les groupes, quelques individus entraînent les autres. Bénéficiant de l’absence d’un "guide" favorable au statut, guide malade en ce moment, les autres ont poussé leur avantage. Ils ont décidé l’envoi d’une lettre au Président de Gaulle et à Monsieur Pompidou. Tu jugeras mieux leur action par la lecture de la copie.

Pourquoi cette lettre, écrite dans l’intention de torpiller le statut ? Le thème des conversations actuelles est le suivant : "Le statut voté, et refusant de l’accepter, nous courons le risque de retrouver la situation antérieure (condamnations illimitées). S’il n’est pas voté, les avantages présents restent acquis. Les Témoins de Jéhovah étant de loin les plus nombreux, notre refus influencera le Gouvernement." A noter que nombre de garçons signent sans être d’accord. Mais tu connais la valeur de la pression morale qui s’exerce dans ces milieux assez obtus sur certains points... Il y a cependant des refus, ici au camp.(...)"

J’ai lu et j’en demeure abasourdi ! Jamais, depuis six années que je suis sur la brèche, un Témoin de Jéhovah ne s’est, à mes yeux, montré sous ce jour ; jamais aucun d’eux ne m’a laissé pressentir un pareil courant de "pensée". Tous ceux que j’ai approchés m’ont toujours au contraire chaleureusement remerciés de mes laborieux efforts, m’incitant à les poursuivre. Le Jéhovah de ces maniganceurs est vraiment un Dieu tortueux, les détours qu’il leur fait prendre sentent le subterfuge et donnent la nausée. Ce n’est pas encore en lui que je vais croire...
Le 19 août je reçois, sous pli recommandé, ces deux lettres. La première m’est destinée ; la seconde reproduit celle qui vient d’être adressée au Président de la République. Toutes les deux sont signées par 72 Témoins de Jéhovah, objecteurs de conscience, retenus en Dordogne :

Le 13 août 1963.
A Monsieur Louis Lecoin,
Monsieur,

Eu égard à vos efforts pour l’adoption d’un éventuel statut pour les objecteurs de conscience, nous tenons à vous informer que nos convictions religieuses ne sont pas parallèles à vos convictions philanthropiques.

A maintes et maintes reprises vous avez eu connaissance de la position des Témoins de Jéhovah sur le statut civil. Vous n’êtes pas sans savoir que les Témoins de Jéhovah se bornent à réclamer l’exemption pure et simple de tout service civil et militaire. Nous ne pourrons jamais assumer devant Dieu la responsabilité de nous éloigner "volontairement" de notre ministère chrétien.

Aussi, nous vous informons que les Témoins de Jéhovah n’ont jamais été solidaires, et ne le seront jamais, des actions que vous pourriez entreprendre pour le statut, ces dernières n’étant rien d’autre qu’un obstacle infranchissable pour la conscience chrétienne. Aussi, nous vous serions infiniment reconnaissant lorsque vous intervenez auprès du Gouvernement, de le faire uniquement pour les objecteurs de conscience non violents, les Témoins de Jéhovah ne pouvant en aucun cas être à vos côtés dans cette lutte.

Il n’est pas nécessaire ici de faire de grandes théories pour étayer notre position : cela a déjà été fait auprès de Monsieur Véran, lequel doit être encore en possession des lettres lui exposant les faits. En résumé, nous vous renvoyons aux paroles d’Evertt Dean Martin : "La conscience ne peut être jugée... c’est à elle de juger." Nous pensons que vous voudrez bien respecter cette conscience chrétienne et ne pas l’amener devant un dilemme qui serait fâcheux pour vous et pour nous.

Vous remerciant à l’avance de votre compréhension, veuillez agréer nos respectueuses salutations.

Deuxième lettre :

Le 13 août 1963.
A Monsieur le Président de la République.
Monsieur le Président,

Nous nous permettons de porter à la connaissance de Monsieur le Président de la République le fait suivant : Nous avons adressé à ce jour à Monsieur Louis Lecoin une lettre lui rappelant le fait que les Témoins de Jéhovah ne seront jamais solidaires des actions qu’il pourrait entreprendre en vue de l’adoption d’un statut de l’objection de conscience.

Monsieur Louis Lecoin n’a donc jamais été et ne sera jamais notre porte-parole, car ses convictions philanthropiques ne correspondent pas à nos convictions chrétiennes. En fait, les Témoins de Jéhovah sont toujours des citoyens respectueux des lois justes de l’Etat. Ils considèrent celui-ci comme l’Autorité Supérieure et ne se laisseront jamais entraîner dans un mouvement anarchiste, pacifiste ou subversif.

La conscience qu’ils mettent à payer scrupuleusement leurs impôts prouve leur soumission au gouvernement. Cependant chacun sait qu’en tant que ministres chrétiens, ils ont reçu pour unique mission de l’Autorité Suprême la prédication du Royaume de Dieu et ne peuvent s’en éloigner volontairement. Ils s’y soumettent et s’y adonnent entièrement, à l’exclusion de toute autre tâche ou idéal politique, social, économique, militaire ou philosophique. Ils se borneront toujours à réclamer leur entière liberté de prêcher. Nous engageons tout homme à se tourner vers Dieu et son Royaume et à se réconcilier avec Lui par le Christ.

Nous sollicitons donc auprès de la haute bienveillance de Monsieur le Président de la République l’espoir de voir cette lettre et la copie ci-jointe agréées.

Nous prions Monsieur le Président de la République de bien vouloir accepter le profond respect que nous portons à sa haute personnalité.
C’était là une lettre de jeunes plats culs et les cinq ou six préparateurs, à l’intérieur du camp et des chantiers, de cette indigeste et lâche pétition, se révélaient être de pauvres garçons et de vulgaires menteurs.

Où étaient donc les Témoins de Jéhovah de la valeur de Schaguené ? De 1958 à août 1963 plus d’une centaine de ceux-ci avaient été libérés après dix années, cinq années ou trois années d’un dur emprisonnement. Maintenant, le milieu objecteurs de conscience Témoins de Jéhovah se trouvait écrémé par ces libérations et c’est seulement du mauvais petit lait qui semblait subsister.

Les promoteurs de ce dégonflage passèrent de longs jours à influencer leurs coreligionnaires - mielleux, virulents et même menaçants - pour arracher ces signatures. Ils en réunirent soixante-douze ; c’était beaucoup, beaucoup trop, et je ne méritais pas qu’ils s’affirmassent si nombreux dans cette indignité ; mais en écrivant au général De Gaulle ils mentirent volontairement par omission en lui cachant qu’ils étaient, là-bas, cent vingt Témoins de Jéhovah et que quarante-huit avait refusé de se parjurer à leur suite et à leur image.

Ils ne nous avaient jamais rien demandé, osaient-ils laisser entendre - c’était faux, beaucoup d’entre eux, et ils eurent raison, nous appelèrent constamment à leur secours. Ils avaient en tout cas indéniablement tout accepté : l’amélioration de leur régime de prisonniers, la libération après cinq ans, après trois ans, tout cela dû à nos efforts - et les milliers de mandats que Véran leur adressa, dont le montant était péniblement recueilli par nos soins.

Aujourd’hui et parce que leur organisation, on ne peut écrire leur Eglise, tient à conserver des martyrs en vue d’augmenter l’influence de la secte, les Témoins de Jéhovah objecteurs ont l’ordre - oui, l’ORDRE - de refuser le statut.

Toutes ces dernières années ladite organisation n’avait pas bronché ni en rien contrecarré notre campagne - nous parlions souvent des Témoins de Jéhovah objecteurs de conscience et cette propagande l’arrangeait. Ah ! Les voies des Dieux... et, surtout, leurs mauvais desseins...

Avant d’être rassemblés en Dordogne les objecteurs de conscience Témoins de Jéhovah, lorsqu’ils étaient traduits devant un tribunal militaire, affirmaient au nom de leur croyance religieuse leur désapprobation de la guerre et de l’armée et se déclaraient disposés à l’accomplissement d’un service civil de remplacement - à peine cinq pour cent d’entre eux, à notre connaissance, ergotaient-ils !

Aucune pétition ne peut rien changer à ce qui a été. Et je ne crains pas d’être contredit pour ce que je viens d’avancer.

La canaillerie était quand même de taille. Et à quatre jours de la grève de la faim [une nouvelle, qu’il entamerait le 23 août si la loi n’est pas adoptée pour la session d’automne, ndr] elle apparaissait comme sonnant mon glas. Que des salopards galonnés veuillent ma mort, c’était dans l’ordre ; mais que de soi-disant objecteurs de conscience y contribuent, c’était le coup de grâce inattendu.

C’est ma menace de recommencer ma grève de la faim qui cette fois était valable - j’en avais depuis des mois la nette impression - plus que la grève elle-même. Le Gouvernement devait céder avant ; s’il me laissait débuter je devinais que ça se présenterait mal pour moi.

Il s’inclinerait auparavant, j’en étais sûr encore le 18 août, mais j’en étais moins certain depuis que je connaissais la manifestation incongrue des soixante-douze petits malheureux. Car quel argument de poids possédait maintenant le Pouvoir s’il voulait en user : près de la moitié des objecteurs refusant le statut, se désolidarisant de nos efforts et les réprouvant !

Et il n’était pas question que cette manifestation de croyants - si peu chrétiens, au vrai sens du mot - me contraignît à modifier ma résolution !

Le 20 août quelqu’un revient de l’Élysée où il a pu s’entretenir avec la haute personnalité que le Président de la République a chargée de tout régler en ce qui concerne les objecteurs de conscience. Cet éminent fonctionnaire tenait en main la fameuse lettre et s’adressant à son interlocuteur - un de nos défenseurs - il s’écria : quels salauds à l’égard de Lecoin !

Les dirigeants de la secte siégeant à Brooklyn avaient raté leur mauvais coup, et les soixante-douze s’étaient déshonorés pour rien.

L’Élysée, l’Hôtel Matignon étoufferont cette pétition ; l’état-major n’en aura connaissance, heureusement, que bien plus tard.

[...]

Le 21 août, au matin, la radio et les journaux annonçaient que le gouvernement demanderait à la rentrée du Parlement, session d’automne, "le vote définitif du texte voté en première lecture afin de régler définitivement ce problème et de mettre un terme à l’agitation qu’il suscite dans divers milieux".

Nous étions gagnants !

[...]

La loi accordant statut aux objecteurs de conscience est votée. Elle a été promulguée le 22 décembre 1963 et le 24 du même mois, la veille de Noël, tous les objecteurs emprisonnés ont été libérés, TOUS SANS EXCEPTION, même les Témoins de Jéhovah qui refusent le statut. Ils ont été tous libérés avec en poche une permission de 30 à 90 jours. C’est la grande victoire du Comité de Secours aux Objecteurs de conscience.

Dans ce pays où le MILITAIRE sévit avec outrance depuis des siècles, un principe enfin est acquis qui revêt une importance considérable, qui porte en lui un devenir sûr et des plus riches.

[...]

On ne peut douter que les agissements de trop nombreux Témoins de Jéhovah aient nui, depuis qu’il a été voté, au développement du statut depuis qui, né d’une mauvaise loi, pouvait, malgré tout avoir un processus heureux et accéléré. Rien n’est perdu, et si j’ai quelque droit à prendre la parole sur cette question, je demanderai aux quelque soixante objecteurs du camp de Brignoles de se comporter en liberté mieux encore qu’ils ne se comportaient - eux ou leurs anciens - lorsqu’ils se trouvaient maltraités en prison. Alors, ils étaient à nos yeux des messagers de la paix ! A nos yeux, aujourd’hui, s’ils pensent aux multiples camps de demain dont ils seront les bâtisseurs, ils deviennent des constructeurs de la paix !

Pauvre objecteurs de conscience Témoins de Jéhovah ! J’ai fulminé contre eux, le 19 août 1963, et encore après...

Un objecteur de conscience ne devrait, selon moi, n’entendre que l’appel intérieur qui l’aide à s’y reconnaître et à se conduire. Il devrait pouvoir rester sourd aux exhortations de l’Eglise, de la secte, de l’organisation, et celle-ci devrait avoir honte de s’introduire ainsi avec infraction dans l’intimité d’une vie individuelle.

L’homme vraiment libre est vraiment rare !

Il vont payer cher maintenant, les malheureux, d’avoir écouté la voix trompeuse des autres plutôt que la leur propre - bien meilleure juge... Je crains qu’ils ne battent le triste record de Schaguené si le gouvernement les soumet à la loi commune. Je vais aux renseignements et j’apprends qu’une administration étroite propose qu’on leur fasse accomplir dans les geôles six fois la durée du service du soldat - environ neuf années d’emprisonnement au droit commun.

Je ne leur en veux plus et je me dépense afin qu’ils ne paient point à la place de leurs néfastes conseillers, ennuyeux prédicateurs et quêteurs enquiquineurs dans leur porte à porte lucratif et sans danger. Oui, tout n’est absolument pas mauvais chez les gouvernants. J’apprends qu’on laissera les "objecteurs" Témoins de Jéhovah, bénéficier des avantages que nous avions arrachés pour eux avant l’adoption du statut : ils sortiront de la prison au bout de trois années, libérés également de toute servitude militaire.

Et depuis il en va ainsi, sans exception m’assure-t-on !

La probité et l’intégrité morale de Lecoin rendent vaines toutes contestations de mauvaise foi de ses propos.

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